Se tourner vers son intériorité pour s'extraire du triangle de Karpman (femme paisible méditant au coucher du soleil)
Curiosités,  Fonctionnement psychique de l'être humain

COMMENT SORTIR DU TRIANGLE DE KARPMAN ?

>> Ou comment ne plus être une victime, un sauveur ou un bourreau !

Aujourd’hui, je vais te parler du triangle de Karpman, ou triangle dramatique. Ce mode de fonctionnement relationnel est très présent dans notre société, tant dans les relations personnelles que professionnelles.

Tu y as très probablement été confronté·e à un moment de ta vie, peut-être même actuellement. J’en parle ici car c’est un mécanisme qu’il est très important d’identifier afin de s’en extraire. En effet, l’ayant personnellement expérimenté, je peux t’assurer qu’il n’amène qu’à la souffrance et nous éloigne de notre Unité.

Je vais donc t’expliquer tout de suite ce qu’est le triangle de Karpman et te proposer des pistes pour ne pas tomber dans ses pièges ou pour t’en extraire.

Triangle de Karpman : qu’est ce que c’est ?

Issu de l’analyse transactionnelle développée par le psychiatre Éric Berne, c’est Stephen Karpman, également psychiatre, qui proposa ce mécanisme, en 1968. Il a en effet identifié des scénarios relationnels typiques et répétitifs entre individus. Ceux-ci « jouant » un rôle bien particulier face à leur interlocuteur. Plusieurs rôles peuvent être joués tour à tour dans une même relation, selon l’évolution de celle-ci.

1. Trois rôles dans ce triangle dramatique : victime, sauveur, bourreau (ou persécuteur)

  • La victime : celle/celui qui se sent persécuté·e. Elle est en permanence dans la plainte, vis-à vis du persécuteur, et pour attirer l’attention du sauveur. C’est une personne passive, qui subit les événements, et s’apitoie sur elle-même, avec fatalité (attention, cela est bien différent des concepts d’acceptation et de résilience). Pour la victime, ses difficultés et sa souffrance sont de la faute du persécuteur (qui est soit une personne, ou un objet abstrait tel que la société, une maladie, etc.).

Petites phrases typiques :  « Je n’ai jamais de chance, pour toi c’est plus facile. » – « Tu ne viens jamais me voir, personne ne fait attention à moi » – « C’est comme ça, je fais avec » – « Te rends-tu compte du mal que tu me fais ? » – « Je fais tout bien et il me fait sans cesse des reproches ! » 

Hmm.. Caliméro, sors de ce corps !!

Attention : à ne pas confondre avec les RÉELLES VICTIMES pour qui la santé physique et psychique, voire la vie, est en danger !

  • Le sauveur : celle/celui qui vous vient en aide … même si vous n’avez rien demandé ! Le sauveur est dans un besoin incessant de nourrir son estime de lui même à travers les autres. Il se réjouit de venir en aide à la victime car celle-ci est alors dépendante de lui, sous son contrôle. La victime est pour lui incapable de s’en sortir sans son assistance. Il pense être la personne la plus compétente et la mieux placée pour trouver une solution.

Un super héros quoi ! Oui.. sauf que son aide est inefficace.

Petites phrases typiques : « Laisse-moi m’en occuper. » – « Après tout ce que j’ai fait pour toi ! » (quand la victime quitte son rôle de victime..)  

  • Le bourreau/persécuteur : celle/celui qui prend pour cible la victime et affronte le sauveur. Il dénigre sa victime, la critique, la juge et la dévalorise. Le bourreau cherche à faire réagir son interlocuteur en le provoquant. De plus, il justifie son comportement par l’honnêteté qu’il se doit d’avoir envers l’autre.

Hé oui, c’est le méchant du triangle..

Petites phrases typiques : « Tu ne fais rien comme il faut ! » – « Je te le dis tout le temps !« 

Allez, je te propose un récapitulatif avec l’épisode vidéo qui suit, issu de la web-série « Et tout le monde s’en fout », créée par Fabrice De Boni et Axel Lattuada (4 minutes). Un vrai délice ..

Ça t’as plu ? Reprenons maintenant notre description de ce triangle dramatique..

2. Triangle de Karpman : un mécanisme inconscient et de protection

Lorsque nous sommes acteurs·rices du triangle de Karpman, nous agissons le plus souvent de manière inconsciente, et pour nous protéger. Par conséquent, peu importe le rôle endossé, personne ne souhaite dans un premier temps stopper ce mécanisme. En effet nous y trouvons des intérêts : des réponses à nos attentes et nos besoins que nous ne savons pas combler de manière autonome.

Par exemple, si la victime souhaite attirer l’attention sur elle, cela peut-être dû à un manque d’affection pendant son enfance ou même dans sa vie actuelle. Ainsi, en jouant ce rôle, elle peut recevoir compassion et protection de la part du sauveur. Et elle espère que quelqu’un d’autre pourra répondre à ses besoins qu’elle ne sait pas identifier. Ce rôle peut aussi être adopté par quelqu’un qui refuse de prendre la responsabilité de sa vie et de ses comportements.

Quant au sauveur, s’il n’a plus de victime à sauver, il n’a plus de raison d’exister..

Enfin, derrière la méchanceté du bourreau se cache une grande peur face aux relations. Le bourreau a besoin d’une victime pour se sentir fort.

Ainsi, un certain équilibre est en place, certes malsain mais un équilibre quand même. Le perturber c’est la remise en cause assurée de la perception de ce que nous sommes. C’est aller voir ce qui se cache derrière ces rôles : nos blessures et nos peurs. Et ça..justement ça fait peur !

Pourquoi est-il important de sortir du triangle de Karpman ?

Être pris dans le mécanisme du triangle de Karpman entraîne un jeu psychologique malsain entre les individus concernés. En effet, plus l’on s’englue dans ces rôles plus l’on s’éloigne de notre intériorité. « Nous sommes alors piégés dans un rapport au monde « tout extérieur » » 1)Christel Petitcollin, auteure d’ouvrages sur le triangle de Karpman.

Or, si l’on veut cheminer vers Soi, et ainsi vivre la paix et la joie véritable, notre attention est à tourner vers l’intérieur de notre Être.

On ne peut donc pas continuer à adopter de tels fonctionnements dans nos relations avec les autres. Ce n’est compatible. Fondés sur des peurs, ils entraînent inévitablement de la souffrance.

La bonne nouvelle est que l’on peut choisir de s’en extraire et s’élever ! Si tu es concerné, réagis ! Prends pleinement conscience de ton fonctionnement et rectifie-le ! Respecte toi, respecte l’autre, prends tes responsabilités ! Je te donne des pistes juste après.

4 pistes pour sortir du triangle de Karpman

S’extraire du triangle de Karpman nécessite un travail sur soi, une introspection. Prendre de la hauteur pour regarder à l’intérieur de notre Être. Il s’agit maintenant de se responsabiliser et d’avoir le courage de se remettre en cause.

Voici quelques pistes pour sortir de ce triangle dramatique :

N°1. Prendre conscience des mécanismes en jeu : la base

« Commençons par donner un nom aux phénomènes que nous observons pour pouvoir agir sur eux »

S. Karpman, psychiatre.

  • avoir l’information : connaître la définition du triangle de Karpman, ses caractéristiques et ses mécanismes. C’est ce que je t’expose dans la première partie de cet article.
  • faire son introspection, avec honnêteté : observer et analyser ses comportements, ses paroles. Sois objectif dans le regard que tu portes sur tes attitudes dans ces situations. En prenant de la hauteur tu peux observer tes interactions avec ton interlocuteur ainsi que tes pensées et t’élever au-delà de ton mental-ego noyé, à cet instant, dans les peurs.

N°2. Être vigilant·e en permanence sur ses réactions, émotions et comportements

En étant attentifs·ves à nos émotions, nous pouvons progressivement les identifier et les désamorcer dès leur survenue. Posons-nous la question alors de l’origine de cette émotion. Que nous ressentions de la colère, de l’impuissance, de la frustration ou encore de l’incompréhension, interrogeons-nous sur ce que cela révèle plus profondément. J’aborde ce point plus précisément dans la suite de l’article.

De même, en observant nos comportements (nos paroles et nos attitudes) nous pouvons repérer ceux qui relèvent d’un jeu psychologique tel que le triangle dramatique. Point de départ pour les stopper !

Enfin, il est important de définir ses besoins. Nous avons la responsabilité de nous positionner, en exprimant ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas. Ensuite, celle de notre interlocuteur·rice est d’accepter ou refuser ce qu’on lui propose.

N°3. Supprimer ses croyances limitantes

Une croyance limitante est une croyance qui nous fait stagner dans notre vie et nous empêche d’avancer vers nous-même car elle bloque nos potentiels. Née d’une pensée dans l’enfance ou à l’âge adulte, nous renforçons cette croyance tout au long de notre vie dans un cercle vicieux pensées/émotions/actions/expériences, tel qu’illustré sur le schéma suivant :

Comme l’indique le schéma ci-dessus, tout est lié:

> Nos expériences, récentes ou lointaines, conditionnent nos croyances.
> Nos croyances conditionnent nos pensées.
> Nos pensées conditionnent nos émotions.
> Nos émotions conditionnent nos actions.
> Nos actions conditionnent nos expériences.

Source : https://coaching-renessence.fr/croyances-limitantes/

Ce qui n’était qu’une pensée au départ devient une croyance ancrée au plus profond de nous. Lorsqu’elle est dite « limitante », elle nous fait du tort. Elle peut nous faire perdre confiance en nous, ou encore nous rendre méfiants ou intolérants comme l’est le persécuteur par exemple. Des croyances limitantes telles que   » je suis nul·le, je n’y arriverai jamais , la vie est dure  » peuvent nous enfermer dans le rôle de la victime, etc. Se débarrasser de nos croyances limitantes aide à nous extraire du triangle de Karpman.

Nous avons chacun notre propre représentation du monde et de la réalité selon nos croyances, et non selon le monde et la réalité tels qu’ils sont. Soyons vigilants et ouverts.

Cet article d’Anne-Sophie, alias Coaching RenEssence, intitulé « Croyances limitantes, comment s’en défaire «  présente plus en détails ce concept et donne des pistes pour s’en débarrasser.

N°4. Oser regarder ses peurs, puis comprendre ses blessures et les soigner

Nous l’avons vu un peu avant dans cet article, chacun des rôles du triangle dramatique est en réalité la mise en action d’un mécanisme de défense de la partie de notre Être qui vit à travers les peurs. Aller regarder en soi ce qui est en jeu à ce moment-là c’est comprendre quelle·s peur·s et quelle·s blessure·s sont activées.

Si tu te reconnais dans le rôle de la victime, vas voir du côté de ta vulnérabilité. Apprends à l’accepter, à penser par toi-même et à prendre des décisions. Il est temps d’assumer tes propres choix, pour exister pleinement, en dehors du regard de l’autre.

Si tu es plutôt dans le rôle du sauveur, regarde l’amour que tu te portes..ou surtout l’amour que tu ne te donnes pas ! Pourquoi ce besoin de sauver l’autre pour te sentir exister ? Tu peux exister pleinement par toi-même, rayonner qui tu es, aider sans chercher à sauver, lâcher-prise et laisser l’autre être responsable de sa vie dans son libre arbitre. En t’apportant toi-même l’amour que tu mérites, c’est possible.

Enfin si tu es plutôt le persécuteur, interroge toi sur ce que tu cherches à évacuer à travers l’agressivité que tu déverses sur l’autre. Pense à l’effet miroir : ce que l’on voit chez l’autre est le reflet de notre état intérieur : ainsi, persécuter quelqu’un c’est aussi voir chez l’autre ce qu’on ne supporte pas chez soi. Apprends à exprimer tes besoins sans punir l’autre.

Conclusion

Dans tous les cas, identifier tes peurs cachées derrière le rôle du triangle de Karpman que tu auras adopté t’aidera à sortir de ce mécanisme et bien plus encore. C’est aussi te donner la chance de mieux te connaître et surtout d’aller guérir les blessures qui ont créé ces peurs. Soit par toi-même, ou en te faisant accompagner par un·e thérapeute, cela peut être d’une aide précieuse pour dépasser le niveau du mental et cheminer vers la guérison de l’Être.

Naturellement ensuite tu sortiras de ces rôles de victime, persécuteur et sauveur car tu n’en auras plus besoin pour te sentir exister ou justifier ton existence. Tu t’ouvriras alors à l’amour de toi même, l’estime et la confiance en toi.

Enfin, n’oublions pas d’être bienveillant·e envers nous-mêmes et les autres face à ces comportements. L’empathie est une alliée pour dépasser nos mécanismes de défense.

N’hésite pas à me partager tes ressentis ou questionnements en commentaire ci-dessous, je serai heureuse de te lire !

A très vite pour une nouvelle Curiosité !

Nat’alie

Visuel (image mis en avant) : Ville photo créé par freepik – fr.freepik.com

Références   [ + ]

1. Christel Petitcollin, auteure d’ouvrages sur le triangle de Karpman

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